Protéger les sols : l'élément vital de l'agriculture
Cette année a été particulièrement difficile pour les agriculteurs du Midwest. Les pires inondations depuis la « grande inondation » de 1993 ont complètement perturbé la saison de croissance dans toute la région.
Vivant à Saint-Louis, je suis très conscient du cours de l'eau qui traverse le cœur des États-Unis. Nous nous trouvons au confluent des deux plus longs fleuves du pays, le Missouri et le Mississippi [USGS]. Les eaux de pluie provenant d’une douzaine d’États du Midwest et de certaines régions du Canada finiront par passer par Saint-Louis. Nous sommes fiers d’être surnommés la « ville des rivières », mais lors d’années comme celle-ci, ce nom peut s’avérer être davantage une malédiction qu’une bénédiction. Lorsque les deux fleuves ont débordé au printemps dernier, il était évident que les agriculteurs en amont traversaient une période difficile.
Récemment le ministère américain de l'Agriculture (USDA) a évalué l'impact des inondations en publiant des chiffres préliminaires sur la superficie des cultures non récoltées pour la saison. Les chiffres sont stupéfiants : plus de 19 millions d’acres (environ 29 000 miles carrés) n’ont pas été ensemencés cette année, ce qui représente la plus grande superficie jamais enregistrée. C’est une superficie presque trop vaste pour qu’on puisse se l’imaginer, soit à peu près l’ la superficie de la Caroline du Sud. De nombreux champs étaient trop inondés pour être ensemencés et, même parmi ceux qui étaient cultivables, près d’un million d’acres ont connu une mauvaise récolte après les semis. Au total, 8,66 % des superficies consacrées au maïs, au soja et au blé aux États-Unis n’ont pas été ensemencées ou ont connu une mauvaise récolte après les semis cette année.
Si ces chiffres battent tous les records, il convient toutefois d’en examiner les nuances. Non seulement 19 millions d’acres n’ont pas été ensemencés, mais en outre, les cultures qui ont été mises en terre ne l’ont pas été dans les délais prévus. Au cours de cette période de fonte des neiges et de tempêtes printanières, les champs étaient en grande partie dénudés, car les agriculteurs n’ont pas pu travailler la terre pendant la saison des semis de printemps. Cela représente une superficie considérable où rien ne retenait le sol en place au milieu d’une inondation historique. Je n’ai pas trouvé de chiffres précis, mais le ruissellement a dû atteindre des proportions presque incalculables.

Perte de terrain
Ce ruissellement a de nombreuses conséquences. La pollution des cours d'eau par les nutriments issus de l'agriculture a des répercussions dans tout le pays, notamment la présence de nitrates cancérigènes dans l'eau potable du Midwest [EWG] et les proliférations d'algues dans les 50 États américains [Agence américaine de protection de l'environnement (EPA)], à une zone morte qui ne cesse de s'étendre dans le golfe du Mexique.
Au-delà des problèmes liés à l'eau, notre couche arable est dans un état de dégradation alarmant. Le sol est l'élément vital de l'agriculture, et les pratiques de production conventionnelles sont mal adaptées pour préserver et restaurer cette précieuse ressource. Une couche arable saine contient davantage de matière organique, ce qui atténue le changement climatique en stockant le carbone, augmente la fertilité des cultures et améliore la résilience en modérant les effets des inondations et des sécheresses. C'est un élément magique. Malheureusement, comme le rapporte le Fonds mondial pour la natureAu cours des 150 dernières années, la Terre a perdu plus de la moitié de sa couche arable, et une grande partie de cette perte peut être directement attribuée aux pratiques de production de l'agriculture moderne.
C'est crucial, car à mesure que la couche arable se dégrade et perd de sa productivité, la tendance générale est de redoubler d'efforts dans les pratiques agricoles conventionnelles. Davantage de produits chimiques. Davantage de labour. Davantage de ruissellement. Davantage des mêmes approches qui nous ont laissés sans préparation pour nous adapter à un climat en mutation. Il s'agit d'un cercle vicieux qui nécessite un changement systémique, et tout repose sur le sol.
Des raisons d'espérer
À l'avenir, nous devrons trouver des moyens de rendre nos terres agricoles plus résilientes et, en effet, de les transformer en puits de carbone plus actifs afin de contribuer à résoudre le problème du changement climatique. Heureusement, nous disposons déjà, dans le domaine agricole, des outils nécessaires pour préserver nos sols. Dans mon prochain article, je mettrai en avant certaines des initiatives qui m'enthousiasment et me rendent optimiste.